Histoire et tradition

 

Voilà maintenant sept générations que notre famille travaille la vigne. Notre histoire commence en Alsace, en France. Nos ancêtres étaient des fermiers, vignerons et membres actifs de leur communauté. Dans les années 1840, l’arrière-arrière-grand-père de Paul Bosc père reçoit de la France une concession en Algérie, alors colonie française, où il doit planter des vignes. Paul, sa femme Andrée et leur fils Paul‑André sont nés en Algérie française.

Paul_Andre Paul-André, âgé de 2 ans, à Marengo, en Algérie.

Après une violente révolution, la France accorde son indépendance à l’Algérie en 1962. Paul est alors directeur général de la Cave coopérative de Marengo, l’une des plus importantes et prospères coopératives vinicoles en Algérie. Expatriés comme plus d’un million de Français d’Algérie, Paul, Andrée et leur jeune fils Paul‑André doivent tout abandonner pour aller recommencer en France. Malheureusement, les Pieds‑Noirs, comme on appelait alors les Français d’Algérie, ne sont pas très bien accueillis en France. La famille a bien du mal à s’établir.

Un an plus tard, Paul quitte la France avec sa famille pour aller s’installer sur encore un autre continent, l’Amérique du Nord. Paul décide de s’établir au Québec, où son frère et quelques cousins se trouvent déjà. Il se sent bien accueilli au Canada, et il n’a pas de mal à trouver du travail, même si ses talents de vigneron ne sont pas très en demande au pays à l’époque. L’une de ses tâches à la SAQ, la société provinciale des alcools, consiste à détecter les vins défectueux. Parmi ceux‑ci, il remarque un vin de l’Ontario qui n’est pas acceptable en raison d’un problème qu’il pourrait facilement corriger. Il décide alors d’appeler le représentant de la compagnie à Montréal pour expliquer le problème et proposer une solution. Il suggère en passant que la compagnie devrait peut-être embaucher un œnologue. Par un heureux hasard, le vice-président de la compagnie, Château-Gai, est attendu à Montréal le lendemain, et Paul obtient un rendez-vous avec celui-ci. Un mois plus tard, Paul et sa famille déménagent une fois encore et vont s’établir dans la région de Niagara. Paul doit d’abord travailler dans un magasin de Château-Gai à Toronto pendant trois mois pour apprendre l’anglais.

Pendant ses 15 ans de carrière à Château-Gai comme vinificateur et directeur de la recherche et du développement, Paul devient graduellement convaincu que l’industrie vinicole du Canada ne pourra subsister que si l’on abandonne sa source traditionnelle de raisin, l’espèce Vitis labrusca. Il plante des petites parcelles de cépages de l’espèce Vitis vinifera tradionnellement cultivés en Europe, et au début des années 1970, il produit des petits lots de vin d’une grande finesse qui retiennent l’attention des chroniqueurs du vin au Canada et aux États‑Unis.

En 1978, Paul en est venu à la conclusion que l’industrie vinicole du Canada doit adopter le modèle du domaine, depuis longtemps pratiqué dans les meilleures régions vinicoles, pour pouvoir se distinguer dans le monde du vin. Il s’associe avec l’avocat Rodger Gordon pour fonder Château des Charmes à Niagara-on-the-Lake, et il y plante le premier vignoble commercial au Canada composé uniquement de cépages européens Vitis vinifera, chose jusque-là considérée comme impossible dans le climat canadien. Sa détermination aura pour résultat de transformer profondément l’industrie vinicoleDix ans après l’établissement de cet audacieux vignoble de 60 acres, aujourd’hui appelé vignoble de Creek Road, l’Ontario adopte en 1988 sa Loi sur le contenu du vin, qui interdit les cépages indigènes pour le vin de table.

Paul sait qu’il faut respecter les terres où ses vignes sont plantées, il a toujours encouragé le recours aux pratiques agricoles soucieuses de l’environnement, pour garantir du raisin de qualité exceptionnelle, maintenant et pour les générations futures.

Lorsqu’il a ouvert en 1994, le nouveau centre d’accueil des visiteurs de Château des Charmes a tout de suite été reconnu comme un joyau de l’agrotourisme. L’édifice ultra-moderne, le premier du genre en Ontario, avait été conçu spécialement pour la vinification et l’accueil des visiteurs. C’était bien avant l’existence d’une route des vins ou du modèle du tourisme vinicole au Niagara. Le rêve de Paul s’était réalisé : une industrie vinicole de premier rang basée sur des domaines vinicoles de haute qualité. De nos jours, l’industrie vinicole en Ontario comprend plus de 150 établissements vinicoles; elle emploie plus de 6 000 personnes et elle accueille environ un million de visiteurs chaque année.

Chateau_at_twilight

Le Château au crépuscule.